Le loup en France en 2026
Un peu plus de mille. C'est le chiffre officiel, et il est plus intéressant qu'il n'en a l'air : la population a cessé de croître, mais le territoire qu'elle occupe a doublé en dix ans. Voici les données, la méthode qui les produit, et pourquoi elles sont contestées des deux côtés.
Le chiffre
À la sortie de l'hiver 2024-2025, le réseau Loup-lynx de l'Office français de la biodiversité estime la population à 1 082 individus en moyenne, dans un intervalle de confiance à 95 % allant de 989 à 1 187. L'estimation repose sur l'analyse de 2 300 données génétiques collectées pendant l'hiver, selon une méthode validée en 2024 par le groupe national loup.
| Année | Estimation | Tendance |
|---|---|---|
| 2023 | 1 104 | — |
| 2024 | 1 013 | en baisse |
| 2025 | 1 082 | stabilisation |
Trois années qui oscillent autour du même palier : après deux décennies de croissance, la courbe s'aplatit.
Le territoire, lui, continue de s'étendre
On recense 97 zones de présence permanente et 80 meutes. L'aire de présence régulière couvrait en 2024 environ 59 800 km², auxquels s'ajoutent 68 800 km² de présence temporaire — soit le double d'il y a dix ans.
L'espèce occupe deux fois plus d'espace sans être plus nombreuse. Elle se disperse, elle ne prolifère pas.
La concentration reste alpine et sud-est, mais l'avancée se poursuit vers l'est et le nord.
Comment on compte un animal qui ne se laisse pas voir
On ne compte pas les loups : on les estime. L'espèce se détecte trop mal pour un dénombrement exhaustif, et c'est précisément pour ça que la modélisation mathématique intervient. Le dispositif repose sur un réseau de plus de 4 500 observateurs formés, et croise trois sources :
- Les indices de présence — excréments, poils, empreintes — analysés par ADN, ce qui permet d'éviter de compter deux fois le même animal.
- Le piégeage photo et vidéo, utilisé l'été pour dénombrer les louveteaux.
- Le pistage sur neige en hiver, la méthode la plus fiable pour délimiter les zones de présence permanente.
Chaque estimation est donc une fourchette assumée, pas un chiffre sec. C'est ce qui la rend attaquable — et c'est aussi ce qui la rend honnête.
Un statut qui a changé en février 2026
Un arrêté de février 2026 a fait passer le loup de « strictement protégé » à « protégé ». Un arrêté ministériel du 24 février 2026 autorise l'abattage de 227 loups pour l'année, soit environ 21 % de la population estimée. Une clause de sauvegarde permet au préfet d'Auvergne-Rhône-Alpes de porter ce plafond à 248 individus.
Deux contestations opposées
Le chiffre est disputé dans les deux sens, et il faut le dire tel quel.
Éleveurs et chasseurs jugent l'estimation sous-évaluée et avancent une population plus proche de 3 000 individus. À l'inverse, le seuil de viabilité génétique évoqué par l'OFB et l'ASPAS est de 500 loups matures au minimum, pour une cible d'environ 2 500 individus — ce qui placerait la population actuelle en dessous de l'objectif de conservation.
Nous n'avons pas d'expertise pour trancher, et nous ne le ferons pas. Nous dessinons des loups ; ceux qui vivent dans les Alpes relèvent de la biologie et du droit, pas du graphisme.
Sources : Office français de la biodiversité — réseau Loup-lynx (loupfrance.fr), préfecture de région Auvergne-Rhône-Alpes, reprises de presse spécialisée. Données arrêtées à la publication de l'estimation sortie d'hiver 2024-2025. Aucune répartition départementale n'est donnée ici : les cartes de zones de présence sont publiées par l'OFB.